L'hémodyalise

Auteur : Yves Dulieu et les bières qui roulent
parodie de Comme ils disent de Charles Aznavour
    


J'habite seul avec maman dans un très vieil appartementDepuis la visite du docteur, le mois passé, c'est le bonheur,
Rue SarasateLa grande vie.
J'ai pour me tenir compagnie une tortue deux canarisMon argent d'poche n'est plus compté, mes crédits sont illimités,
Et une chatteÇa me les scie.
Pour laisser maman reposer très souvent je fais le marchéDepuis le temps que j'demandais un vélo neuf, maint'nant je l' ai,
Et la cuisineQuoi qu'on en dise,
Je range, je lave, j'essuie, à l'occasion je pique aussiMon quotidien s'est transformé en véritable conte de fées,
A la machineDepuis qu'j'suis sous hémodialyse!


Le travail ne me fait pas peur je suis un peu décorateurJe ne vais plus guère à l'école depuis qu'j'ai dit qu'c'était pas drôle,
Un peu stylisteCela m'étonne.
Mais mon vrai métier c'est la nuit que je l'exerce en travesti :Car avant sans température, j'échappais pas à la torture,
Je suis artisteD'la cloche qui sonne.
J'ai un numéro très spécial qui finit en nu intégralEt si parfois selon mon gré, j'y vais le cartable bourré,
Après strip-teaseDe friandises,
Et dans la salle je vois que les mâles n'en croient pas leurs yeux.Le maître ne m' met jamais au coin, c'est moi qui r'çois tous les bons points,
Je suis un homme, oh ! Comme ils disentAh que c'est gai, l' hémodialyse!


Vers les trois heures du matin on va manger entre copainsTous les lundis à l' hôpital, je suis reçu comme le prince Charles,
De tous les sexesEn grandes pompes.
Dans un quelconque bar-tabac et là on s'en donne à cœur joieTrois infirmières à mes côtés m'emmènent dans mes lieux privés,
Et sans complexeSur ma chaise longue
On déballe des vérités sur des gens qu'on a dans le nezAutour de moi, les gens s'agitent, tout le monde est très attentif,
On les lapideEt mes bêtises,
Mais on fait ça avec humour enrobé dans des calemboursNe sont jamais réprimandées, à la limite j'peux tout casser,
Mouillés d'acideAh que c'est chouette, l'hémodialyse!


On rencontre des attardés qui pour épater leurs tabléesLes relations que je me fais ne sont pas toujours distinguées,
Marchent et ondulentIl faut s'y faire.
Singeant ce qu'ils croient être nous et se couvrent, les pauvres fousLes autres enfants sont cruels, ceux qui vont normalement à selle,
De ridiculeM'déconsidèrent.
Ça gesticule et parle fort ça joue les divas, les ténorsIls vont finir par s'étouffer, coincés dans leurs poumons d' acier,
De la bêtiseIls me méprisent.
Moi les lazzi, les quolibets me laissent froid puisque c'est vrai.Est-ce ma faute, nom d'un chien, si mes poumons se portent bien?
Je suis un homme, oh ! Comme ils disentMoi je suis sous hémodialyse!


A l'heure où naît un jour nouveau je rentre retrouver mon lotDepuis lundi nous sommes deux, j' ai une compagne de jeux,
De solitudeAssez jolie.
J'ôte mes cils et mes cheveux comme un pauvre clown malheureuxNos carrousels sont séparés, pour v'nir près d'elle, j' ai pas assez,
De lassitudeD' autonomie.
Je me couche mais ne dors pas je pense à mes amours sans joieChaque lundi quand on se voit, avec son petit air narquois,
Si dérisoiresElle m'attise.
A ce garçon beau comme un Dieu qui sans rien faire a mis le feuComme on peut attiser un feu, bon sang, j'lui en mettrais bien deux!
A ma mémoireSi y'avait pas l'hémodialyse...


Ma bouche n'osera jamais lui avouer mon doux secretJ'en arrive à me demander si ce dont je suis affublé,
Mon tendre drameN'est pas trop grave.
Car l'objet de tous mes tourments passe le plus clair de son tempsSurtout lorsque je vois ma mère, les larmes aux yeux qiu va s'assoir,
Au lit des femmesPrès de mon père.
Nul n'a le droit en vérité de me blâmer de me jugerDepuis le temps qu'ils s'engueulaient, ils sont enfin réconciliés,
Et je préciseFinies les crises,
Que c'est bien la nature qui est seule responsable siQui réveillaient tous les voisins, on n'entend plus qu'le va-et-vient,
Je suis un homme, oh ! Comme ils disentDe la pompe de l'hémodialyse...



Un jour, on n'entendra plus rien, peut-être ce sera demain,

Je me demande

Pourquoi ces sandwichs au jambon, pour nourrir tout un bataillon

Et toutes ces viandes?

C'est ni Noël, ni l'Ascension, mais qu'est-ce qu'ils fêtent à la maison ?

P't'être une surprise?

C'est moche d'être le dernier prév'nu, mais tiens voilà que j'entends plus,

Le bruit de l'hémodialyse...




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