Je m'voyais déjà

Auteur : Jielgeai
parodie de Je m'voyais déjà de Charles Aznavour
Date : 2010
    


A dix huit ans, j'ai quitté ma province,A dix huit ans, j’étais déjà un prince,
Bien décidé à empoigner la vieBien décidé à dévorer Neuilly.
Le cœur léger et le bagage minceL’ego énorme, et la morale mince,
J'étais certain de conquérir ParisJ’étais certain de dévorer Paris.


Chez le tailleur le plus chic j'ai fait faireChez le grand con, mes armes, j’ai pu faire.
Ce complet bleu qui était du dernier criDans les congrès, j’léchais déjà son fion.
Les photos, les chansons et les orchestrationsLes coups bas, les lâchetés et autres trahisons
Ont eus raison de mes économiesM’avaient promis aux plus hautes fonctions.


Je m'voyais déjà en haut de l'afficheJe m’voyais déjà en haut de la Seine,
En dix fois plus gros que n'importe qui mon nom s'étalaitDu côté d’Neuilly, piquant la mairie de ce pauvre Pasqua.
Je m'voyais déjà adulé et richeJe m’voyais déjà épousant la même
Signant mes photos aux admirateurs qui se bousculaientQue Jacques Martin m’avait présentée pour qu’je les marie.


J'étais le plus grand des grands fantaisistesJ’étais le plus p’tit de tous les fumistes
Faisant un succès si fort que les gens m'acclamaient deboutMais j’avais les dents qui rayaient le sol, tell’ment j’en voulais.
Je m'voyais déjà cherchant dans ma listeJe m’voyais déjà, cherchant dans ma liste,
Celle qui le soir pourrait par faveur se pendre à mon couDeux ou trois péquenots qui, de gros fusibles, me serviraient.


Mes traits ont vieilli, bien sûr, sous mon maquillageJ’ai tout essayé pourtant pour aimer la France,
Mais la voix est là, le geste est précis et j'ai du ressortJ’ai vu des banlieues, j’ai parlé aux ploucs, j’ai fait des congrès.
Mon cœur s'est aigri un peu en prenant de l'âgeSi tout a raté pour moi, si j’ai un goût rance,
Mais j'ai des idées, j'connais mon métier et j'y crois encoreCe n’est pas ma faute, c’est les électeurs qui ont mal voté.


Rien que sous mes pieds de sentir la scèneJe n’ai jamais eu besoin de la chance.
De voir devant moi un public assis, j'ai le cœur battantPapa me disait : « Fais comme ton frère, vénère les patrons ».
On m'a pas aidé, je n'ai pas eu d'veineJ’ai léché des culs pour acheter la France
Mais au fond de moi, je suis sur au moins que j'ai du talentMaintenant qu’je l’ai, je n’sais pas quoi faire et j’suis emmerdé.


Mon complet bleu, y a trente ans que j'le porteJ’ai cinquante ans, j’ai la France qui me paye.
Et mes chansons ne font rire que moiJ’ai des agents, des fayots, des banquiers.
J'cours le cachet, je fais du porte à porteJ’remue la tête, ça m’aère les oreilles.
Pour subsister je fais n'importe quoiJ’fais du footing, pour dégourdir mes pieds.


Je n'ai connu que des succès facilesJ’vais balayer la France de sa crasse.
Des trains de nuit et des filles à soldatsA coups d’Karcher, je vais la nettoyer.
Les minables cachets, les valises à porterJe sais bien que les pauvres vont finir par crever,
Les p'tits meublés et les maigres repasÇa f’ra d’la place sur les champs Elysée.


Je m'voyais déjà en photographieJe m’voyais déjà, conquérir l’Afrique.
Au bras d'une star l'hiver dans la neige, l'été au soleilAu bras de ma femme, descendre en bateau le Rio Grande.
Je m'voyais déjà racontant ma vieEt puis, juste après, c’est en Amérique
L'air désabusé à des débutants friands de conseilsQu’avec les Dalton, je serai le roi des Pieds Nikelés.


J'ouvrais calmement les soirs de premièreQuand je veux du blé, je te fourgue une taxe,
Mille télégrammes de ce Tout-Paris qui nous fait si peurJ’augmente tes impôts, je te barre ta route, je te bouffe ta vie.
Et mourant de trac devant ce parterreQuand, j’suis fatigué, je tolère le PACS.
Entré sur la scène sous les ovations et les projecteursJe te montre Carla, je fais des photos, j’embrasse les pédés.


J'ai tout essayé pourtant pour sortir du nombreJ’ai tout essayé pourtant, pour sortir du nombre.
J'ai chanté l'amour, j'ai fait du comique et d'la fantaisieJ’ai fait des discours, j’ai fait des promesses que je croyais vraies.
Si tout a raté pour moi, si je suis dans l'ombreJ’connaissais pas Minc, et les gens l’ombre
Ce n'est pas ma faut' mais cell' du public qui n'a rien comprisQui m’ont dit : « Mon gars, si tu veux durer, faut les enculer ! »


On ne m'a jamais accordé ma chanceJ’suis dev’nu un pur, t’as perdu d’avance.
D'autres ont réussi avec peu de voix et beaucoup d'argentLa place est trop bonne, même sans talent, j’la laisserai jamais.
Moi j'étais trop pur ou trop en avanceSi t’es pas content, mon gars, c’est qu’tas pas d’chance.
Mais un jour viendra je leur montrerai que j'ai du talentY’a encore d’la place, un charter pour toi chez les émigrés !




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