Supplique d'un vétéran qui n'est plus à la fête

Auteur : J.C. Scribe
parodie de Supplique pour être enterré sur la plage de Sète de Georges Brassens
Date : 6 avril 2016
    


Ô rage ! Ô désespoir ! Ô vieillesse ennemie !
Serais-je donc tombé, déjà, mon bon ami,
Quasiment en décrépitude,
Que même en ne buvant que de la menthe à l'eau
Je ne peux plus jamais décrocher le gros lot,
Comme je faisais d'habitude ?

Mon bras qui ne posait jadis que des arrêts,
Ce bras que le pays tout entier admirait,
Tant il était souple et nature,
Me ferait, nom de dieu, malgré mon bon vouloir,
A certains jours manquer un bœuf dans un couloir,
Et ça me met à la torture !

Ô cruels souvenirs de ma gloire passée,
Ca me fait mal au ventre rien que d'y penser,
Quand je joue pour une rosette,
Moi qui ai dominé tant de saisons durant
Nationaux et grands prix je rame en vétérans,
Et je ne tiens plus l'anisette !

Quand je me fais sortir parfois en quatre mènes
Pas des conscrits qui font trois frappes par semaine,
Je me dis en cachant ma rage
Il avait raison Brel, "mourir cela n'est rien,
Mais vieillir, ah ! vieillir...", non, ça ce n'est pas rien,
Ça demande bien du courage !

Ah ! d'entendre parler de soi à l'imparfait
Par des plus jeunes ça fait un drôle d'effet,
Car ça sent l'oraison funèbre,
C'est un enterrement par anticipation,
Ça me fait passer par d'horribles sensations,
Et de la lumière aux ténèbres !

Et puis réaliser que je suis désormais
Du club des "Tamalous", embarqués à jamais
Sur une galère en détresse,
Où ça ne tire plus, sinon "à la poussette",
Ça me met le moral dans le fond des chaussettes,
Et il arrive que je stresse !

Même si à soixante printemps révolus
Je ne suis pas, bien sur, carrément vermoulu,
J'avoue qu'il ne m'en faut plus guère
Pour qu'un point dans le dos vienne m'handicaper
M'empêchant de lever le bras et de frapper
Avec l'aisance de naguère !

Je ne peux plus monter une boule au bouchon,
Et j'envoie quelquefois alors comme un cochon
Perturbé par quelque douleur,
En maudissant les ans qui me dictent leur loi,
Mais par bonheur ainsi que le bon saint Eloi
Je monte encore les couleurs !

Soit, ça ne sert à rien pour gagner des parties
D'avoir sur ce plan là toute sa répartie,
Mais de savoir sa bistouquette
Toujours très en forme et capable de marquer
Des points, moi, ça m'évite à coup sûr de craquer,
Ça fait du bien sous la casquette !

Ça me permet de mieux digérer les bobards
Des copains un peu chauds qui posent sur le bar
Des carreaux piles à la pelle,
En parlant haut et fort, comme des Tartarins,
Alors qu'ils sont plutôt discrets sur les terrains,
Où c'est eux qui prennent des pelles !

Ô rage ! Ô désespoir ! Ô vieillesse ennemie,
Serais je donc tombé, déjà, mon bon ami,
Quasiment en décrépitude,
Ou bien suis-je à ce jour tout simplement rongé,
En regardant mon jeu que l'on a saccagé,
Par une grande lassitude ?

Et vous, de mes exploits glorieux instruments,
Vous qui m'avez fait vivre de si grands moments,
Vous mes plus fidèles compagnes,
Vous, mes boules chéries, je crois qu'un soir de rage
Je vais vous remiser au fond de mon garage,
Lui même au fond de la campagne !

A moins que tout à coup, mais ce serait trop beau,
L'un de mes descendants reprenne le flambeau
Pour ne plus vous voir en souffrance :
Vous passeriez alors en de meilleures mains
Pour connaitre à nouveau d'autres beaux lendemains
Partout sur les terrains de France,

Vous passeriez alors en de meilleures mains
Pour connaitre à nouveau d'autres beaux lendemains
Partout sur les terrains de France !

Les précisions de l'auteur sur cette parodie :

Quand on s'est fait un nom et une réputation dans sa jeunesse avec ses boules, quel désespoir de ne plus pouvoir les remonter comme naguère dès lors qu'on entre dans la famille des "Tamalous", et surtout de ne plus tirer comme avant... Je parle de pétanque, et des boules qui vont avec, bien entendu ! Le tout étant dédié à mon bon ami Christian LAGARDE, qui appréciera, hihihihi !

Eh oui, de temps en temps le joueur perce sous l'auteur...




Aucune autre parodie n'est répertoriée pour Supplique pour être enterré sur la plage de Sète de Georges Brassens.





Quelques parodies parmi prises au hasard :