Ils étaient innocents

Auteur : Deux copains d'abord
parodie de Nuit et Brouillard de Jean Ferrat
    


Ils étaient vingt et cent, ils étaient des milliersIls étaient innocents, ils étaient des Français
Nus et maigres, tremblants, dans ces wagons plombésSoldats de Montauban, Toulousains, écoliers
Qui déchiraient la nuit de leurs ongles battantsQui ne t'entendront pas, ô doux chant du printemps
Ils étaient des milliers, ils étaient vingt et centIls étaient des Français, ils étaient innocents

Ils se croyaient des hommes, n'étaient plus que des nombresDu pays des grands hommes, ils étaient bien du nombre
Depuis longtemps leurs dés avaient été jetésTant les noms sur leurs tombes nos guerres avaient gravés
Dès que la main retombe il ne reste qu'une ombreLeur seul crime ici-bas fut d'avoir la peau sombre
Ils ne devaient jamais plus revoir un étéOu de prier un Dieu autrement désigné

La fuite monotone et sans hâte du tempsLeur vie s'est achevée hier cruellement
Survivre encore un jour, une heure, obstinémentOn n'en sait le pourquoi si l'on sait le comment
Combien de tours de roues, d'arrêts et de départsEn laissant le pays et tous ses gens hagards
Qui n'en finissent pas de distiller l'espoirQui n'envisageaient pas ce retour de l'Histoire

Ils s'appelaient Jean-Pierre, Natacha ou SamuelIls s'appelaient Youssef, Mardochée ou Fulbert
Certains priaient Jésus, Jéhovah ou VichnouQu'ils aient prié Jésus, Jéhovah, Mahomet
D'autres ne priaient pas, mais qu'importe le cielIls étaient comme nous des humains sur la Terre
Ils voulaient simplement ne plus vivre à genouxQui ne demandaient rien que de vivre et d'aimer

Ils n'arrivaient pas tous à la fin du voyageDes balles inconnues ont mis fin au voyage
Ceux qui sont revenus peuvent-ils être heureuxÀ la vie qui s'ouvrait à ces jeunes enfants
Ils essaient d'oublier, étonnés qu'à leur âgeÀ ces braves soldats qui sont morts avant l'âge
Les veines de leurs bras soient devenues si bleuesAu c?ur de notre France loin de l'Afghanistan

Les Allemands guettaient du haut des miradorsQuelques jours seulement, la campagne s'endort
La lune se taisait comme vous vous taisiezCandidats, il était temps que vous vous taisiez
En regardant au loin, en regardant dehorsSi le proverbe dit que le silence est d'or
Votre chair était tendre à leurs chiens policiersAlors votre minute est pauvre charité

On me dit à présent que ces mots n'ont plus coursOn me dit que j'ai tort de changer de discours
Qu'il vaut mieux ne chanter que des chansons d'amourQu'il vaut mieux ne chanter que des chansons d'humour
Que le sang sèche vite en entrant dans l'histoireChansonnier, je réponds en signant des deux mains
Et qu'il ne sert à rien de prendre une guitareRien ne m'est étranger de ce qui est humain

Mais qui donc est de taille à pouvoir m'arrêter ?Mais quand donc verra-t-on le coupable arrêté
L'ombre s'est faite humaine, aujourd'hui c'est l'étéJ'ai bien dit arrêté et non exécuté
Je twisterais les mots s'il fallait les twisterPour que se fasse entendre toute la vérité
Pour qu'un jour les enfants sachent qui vous étiezEt qu'il apprenne enfin un peu qui vous étiez

Vous étiez vingt et cent, vous étiez des milliersVous étiez innocents, vous étiez des Français
Nus et maigres, tremblants, dans ces wagons plombésSoldats de Montauban, Toulousains écoliers
Qui déchiriez la nuit de vos ongles battantsQui ne l'entendrez pas, le doux chant du printemps
Vous étiez des milliers, vous étiez vingt et centVous étiez des Français, vous étiez innocents




Liste des 3 autres parodies répertoriées pour Nuit et Brouillard de Jean Ferrat :





Quelques parodies parmi prises au hasard :