Pauvres gones

Auteur : Deux copains d'abord
parodie de Hexagone de Renaud Sechan
    



Ils s'embrassent au mois de Janvier, Y se qualifient au mois de janvier
Car une nouvelle année commence, Nos éternels champions de France,
Mais depuis des éternités Et depuis des éternités
L'a pas tell'ment changé la France. Sortent des poules avec confiance.
Passent les jours et les semaines, Passent les jours et les semaines,
Y'a qu'le décor qui évolue, Et à chaque année on y croit,
La mentalité est la même : Mais le résultat est le même
Tous des tocards, tous des faux culs. Dès les huitièmes on ne passe pas

Ils sont pas lourds, en février, Quand tu regardes l'équipe des Gones,
À se souvenir de Charonne, C'est c'qui s' fait d'mieux en c'moment,
Des matraqueurs assermentés Mais quand tu rencontres Barcelone
Qui fignolèrent leur besogne, C'est pas comme si tu jouais Caen
La France est un pays de flics, Ils sont pas lourds, en février,
À tous les coins d'rue y'en a 100, Dans notre pauvre championnat
Pour faire régner l'ordre public Cherchant à n'pas se faire blesser
Ils assassinent impunément. Ils se réservent pour le Barça
La France est un pays unique,
Quand on exécute au mois d'mars,
De l'autr' côté des Pyrénées, Où les vedettes du gazon
Un anarchiste du Pays basque, Semblent craindre pour leur physique
Pour lui apprendre à s'révolter, Et sortent pour le moindre gnon.
Ils crient, ils pleurent et ils s'indignent Quand tu regardes l'équipe des Gones,
De cette immonde mise à mort, C'est c'qui s' fait d'mieux en vérité
Mais ils oublient qu'la guillotine Mais dès qu'on sort de l'hexagone,
Chez nous aussi fonctionne encore. On voit c'qu'est la réalité.

Etre né sous l'signe de l'hexagone, Quand on t'exécute au mois d'mars,
C'est pas c'qu'on fait d'mieux en c'moment, De l'autr' côté des Pyrénées,
Et le roi des cons, sur son trône, Que t'aurais dû mettre ton casque,
J'parierai pas qu'il est all'mand. Tellement tes filets ont tremblé,

On leur a dit, au mois d'avril, Quand le Juninho pète un câble
À la télé, dans les journaux, Tellement il est dominé
De pas se découvrir d'un fil, Par un Iniesta admirable
Que l'printemps c'était pour bientôt, Le carton rouge est pour ses pieds
Les vieux principes du seizième siècle, Quand tu regardes l'équipe des Gones,
Et les vieilles traditions débiles, Il ne reste plus qu'à prier,
Ils les appliquent tous à la lettre, Le Messi joue à Barcelone,
Y m'font pitié ces imbéciles. Même si l'Jésus il est lyonnais

Ils se souviennent, au mois de mai,
D'un sang qui coula rouge et noir,
D'une révolution manquée
Qui faillit renverser l'Histoire,
J'me souviens surtout d'ces moutons,
Effrayés par la Liberté,
S'en allant voter par millions
Pour l'ordre et la sécurité.

Ils commémorent au mois de juin
Un débarquement d'Normandie,
Ils pensent au brave soldat ricain
Qu'est v'nu se faire tuer loin d'chez lui,
Ils oublient qu'à l'abri des bombes,
Les Français criaient : Vive Pétain,
Qu'ils étaient bien planqués à Londres,
Qu'y'avait pas beaucoup d'Jean Moulin.
Etre né sous l'signe de l'hexagone,
C'est pas la gloire, en vérité,
Et le roi des cons, sur son trône,
Me dites pas qu'il est portugais.

Ils font la fête au mois d'juillet,
En souv'nir d'une révolution,
Qui n'a jamais éliminé
La misère et l'exploitation,
Ils s'abreuvent de bals populaires,
D'feux d'artifice et de flonflons,
Ils pensent oublier dans la bière
Qu'ils sont gouvernés comme des pions.

Au mois d'août c'est la liberté,
Après une longue année d'usine,
Ils crient : Vive les congés payés,
Ils oublient un peu la machine,
En Espagne, en Grèce ou en France,
Ils vont polluer toutes les plages,
Et par leur unique présence,
Abimer tous les paysages.

Lorsqu'en septembre on assassine,
Un peuple et une liberté,
Au cœur de l'Amérique latine,
Ils sont pas nombreux à gueuler,
Un ambassadeur se ramène,
Bras ouverts il est accueilli,
Le fascisme c'est la gangrène
À Santiago comme à Paris.

Etre né sous l'signe de l'hexagone,
C'est vraiment pas une sinécure,
Et le roi des cons, sur son trône,
Il est français, ça j'en suis sûr.
Finies les vendanges en octobre,
Le raisin fermente en tonneaux,
Ils sont très fiers de leurs vignobles,
Leurs ?Côtes-du-Rhône? et leurs ?Bordeaux?,


Ils exportent le sang de la terre
Un peu partout à l'étranger,
Leur pinard et leur camembert
C'est leur seule gloire à ces tarés.

En Novembre, au salon d'l'auto,
Ils vont admirer par milliers
L'dernier modèle de chez Peugeot,
Qu'ils pourront jamais se payer,
La bagnole, la télé, l'tiercé,
C'est l'opium du peuple de France,
Lui supprimer c'est le tuer,
C'est une drogue à accoutumance.

En décembre c'est l'apothéose,
La grande bouffe et les p'tits cadeaux,
Ils sont toujours aussi moroses,
Mais y'a d'la joie dans les ghettos,
La Terre peut s'arrêter d'tourner,
Ils rat'ront pas leur réveillon
Moi j'voudrais tous les voir crever,
Étouffés de dinde aux marrons.

Etre né sous l'signe de l'hexagone,
On peut pas dire qu'ca soit bandant
Si l'roi des cons perdait son trône,
Y'aurait 50 millions de prétendants.




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