| A dix-huit ans j'ai quitté ma province | En 2001 j’achète un lot d’cassettes |
| Bien décidé à empoigner la vie | Des VHS afin de conserver |
| Le cœur léger et le bagage mince | Mes Super-8, car déjà ils s’émiettent |
| J'étais certain de conquérir Paris | Sur la cassette ils seront préservés. |
| Chez le tailleur le plus chic j'ai fait faire | Toutes ces bobines, l’histoire de ma famille, |
| Ce complet bleu qui était du dernier cri | Ça prend d’la place : il m’en a fallu vingt |
| Les photos, les chansons et les orchestrations | Arrivé à la caisse, je suis bien étonné |
| Ont eus raison de mes économies | Faut qu’j’paie la taxe sur les copies privées |
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| Je m'voyais déjà en haut de l'affiche | Tous ces films pourtant , j’les ai faits moi-même |
| En dix fois plus gros que n'importe qui mon nom s'étalait | Celui d’notr' mariage, notr’voyage de noces, notr’premier appart |
| Je m'voyais déjà adulé et riche | Ensuite les naissances, première et deuxième |
| Signant mes photos aux admirateurs qui se bousculaient | Puis les premiers pas : faut voir leur angoisse juste avant qu’ils partent |
| J'étais le plus grand des grands fantaisistes | La première entrée à la maternelle |
| Faisant un succès si fort que les gens m'acclamaient debout | Vélo à deux roues, naissance du troisième, achat d’la maison |
| Je m'voyais déjà cherchant dans ma liste | Balade en forêt, fête de Noël |
| Celle qui le soir pourrait par faveur se pendre à mon cou | Une fête au collège, un anniversaire, l’île d’Oléron |
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| Mes traits ont vieilli, bien sûr, sous mon maquillage | Les films ont vieilli bien sûr en prenant de l’âge |
| Mais la voix est là, le geste est précis et j'ai du ressort | Mais j’ai l’logiciel qui permet de raviver les couleurs |
| Mon cœur s'est aigri un peu en prenant de l'âge | Je n’y connais pas grand chose et parfois j’enrage |
| Mais j'ai des idées, j'connais mon métier et j'y crois encore | Mais je persévère, j’essaie à nouveau, j’y passe des heures |
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| Rien que sous mes pieds de sentir la scène | Et finalement je sauve toutes les scènes |
| De voir devant moi un public assis, j'ai le cœur battant | De revoir tout ça sur une cassette , j’trouve ça épatant |
| On m'a pas aidé, je n'ai pas eu d'veine | Mais payer une taxe, je trouve ça obscène |
| Mais au fond de moi, je suis sur au moins que j'ai du talent | Car ce sont mes films, je n’vois pas pourquoi je dois payer tant. |
| Mon complet bleu, y a trente ans que j'le porte | Six ans plus tard, mes cassettes sont bien tristes |
| Et mes chansons ne font rire que moi | Et les couleurs ont presque disparu |
| J'cours le cachet, je fais du porte à porte | Sur mon PC je transcode les pistes |
| Pour subsister je fais n'importe quoi | Car l’VHS ça ne court plus les rues |
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| Je n'ai connu que des succès faciles | Je choisis donc un support plus commode |
| Des trains de nuit et des filles à soldats | Le DVD c’est c’qu’on fait d’mieux maintenant |
| Les minables cachets, les valises à porter | J’en achète trois dizaines mais quand j’passe à la caisse |
| Les p'tits meublés et les maigres repas | Imaginez un peu mon étonnement |
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| Je m'voyais déjà en photographie | Il faut que je paie encore une taxe |
| Au bras d'une star l'hiver dans la neige, l'été au soleil | De copie privée pour des vidéos qui sont bien à moi |
| Je m'voyais déjà racontant ma vie | Pour les VHS, j’ai payé un max |
| L'air désabusé à des débutants friands de conseils | Et faut que je paie pour les DVD une deuxième fois |
| J'ouvrais calmement les soirs de première | J’ai comme l’impression qu’on s’sert dans mes poches |
| Mille télégrammes de ce Tout-Paris qui nous fait si peur | L’Etat taxe tout pour rémunérer les plus grands majors |
| Et mourant de trac devant ce parterre | Qui n’redistribuent, mon Dieu que c’est moche, |
| Entré sur la scène sous les ovations et les projecteurs | Qu’une infime partie de ces revenus encaissés à tort |
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| J'ai tout essayé pourtant pour sortir du nombre | Seuls quelques très grands chanteurs font partie du nombre |
| J'ai chanté l'amour, j'ai fait du comique et d'la fantaisie | De ceux qui perçoivent un salaire décent de leur producteur |
| Si tout a raté pour moi, si je suis dans l'ombre | Car pour la répartition, on reste dans l’ombre |
| Ce n'est pas ma faut' mais cell' du public qui n'a rien compris | On aimerait voir clair et juger tout ça sous les projecteurs |
| On ne m'a jamais accordé ma chance | Y a pas qu’pour mes films qu’les majors encaissent |
| D' ont réussi avec peu de voix et beaucoup d'argent | CD de photos, DVD d’données sont aussi taxés |
| Moi j'étais trop pur ou trop en avance | Lors de chaque achat, on passe à la caisse |
| Mais un jour viendra je leur montrerai que j'ai du talent | Oui je crois vraiment qu’les auteurs d’ces lois sont des désaxés. |
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